Le monde cauchemardesque du No logo (*selon JTI-Macdonald)

JTI-Macdonald – une compagnie membre du Groupe de sociétés JTI, l’un des principaux fabricants de produits du tabac du monde qui exerce ses activités dans plus de 120 pays – a lancé récemment une campagne pour réagir à la soumission publique de l’Agence canadienne de santé publique. Cette soumission vise à étudier la possibilité d’un règlement sur le packaging des produits du tabac qui contraindrait les compagnies à neutraliser leur paquet : il n’y aura plus de couleur, plus de logo, nada.

La compagnie, réagissant au péril liberticide, réplique contre la menaçante ambition de ce projet. Un site web, une page facebook, un compte twitter et une campagne publicitaire, rien de moins pour alerter la population de l’avenir oppressant qui l’attend si on prive les cigarettiers du droit inaliénable d’imprimer leurs logos sur les paquets, dernier bastion de la liberté d’expression.

Le site web intitulé « Argument (it’s always best to see both sides) se présente comme une consultation publique « argumentée » sur ce règlement du packaging du tabac. Évidemment cet équilibre des arguments est une illusion et des both side on voit surtout celui de JTI. Si le visiteur est sollicité pour envoyer son avis au premier ministre canadien et relayer dans les réseaux sociaux ses positions, il est assez clair qu’on présume qu’elles seront avantageusement éclairées par la mise en scène impartiale (humhum) de l’initiative qui veille au grain :

La campagne joue sur une double ligne qui cherche à tirer bénéfice de deux rôles antagoniques : celui de la victime (« Brands aren’t at fault, stop blaming them » [1]) et du protecteur (« Brands are the consumers’ cue for quality and consistency. Take brands away and it merely makes them seek out an alternative »).

clopes-balles

Pauvres marques mises à mal injustement alors même qu’elles nous garantissent un monde à la fois plus divertissant (Peut-on manger nos gras trans frites dans des emballages le fun, rouges et jaunes si possible ?) et sécuritaire (la vente de paquets « neutres » favoriserait le trafic illégal de cigarettes et permettrait ainsi de remplir les caisses d’organisations criminelles). Parce que bien sûr les criminels sont capables de développer toute la chaine de production industrielle des cigarettes mais ne savent pas se servir du photocopieur…

Le marketing des idées est un moyen de propagande potentiellement puissant ; ce n’est pas la première fois qu’il est instrumentalisé aux bénéfices du lobby du tabac, pas la première fois non plus que celui-ci essaie activement de conserver le contrôle des données relatives à ses activités et ses effets.

La cigarette vendue comme « flambeau de la liberté » avait convaincu des millions de femmes – identifiant ce geste au signe de leur émancipation – de se mettre à fumer. C’était en 1929 et la campagne bénéficiait du génie d’Edward Bernays, son concepteur, accessoirement neveu de Freud, et c’est l’American Tobabbo Co., son commanditaire, qui profitait du bon coup.

La tentative de JTI-Macdonald de protéger le terrain de leur empire est risible dans la maladroite inversion du rapport de force qu’elle opère associant les efforts de santé publique à une menace, nous menant pieds et poings liés vers un monde dull et dangereux.

helathwarning

À en croire la photo de profil de la page Facebook de la campagne, on risquerait même de finir comme un paquet de clopes vides et sans dessein… Sauvez-nous quelqu’un!

 


[1] Citations prises sur le site.

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