Soutenir la liberté critique des infirmières dans le cadre de leur pratique

En tant qu’infirmières, étudiant-e-s ou membres de Facultés de sciences infirmières au Canada, nous sommes profondément inquiets du sort réservé par l’Ordre professionnel des infirmières du Saskatchewan (SRNA) à Carolyn Strom à laquelle nous tenons exprimer notre solidarité.

Carolyn Strom est infirmière clinicienne en Saskatchewan. Le 25 février 2015, alors qu’elle vient d’être témoin de soins qu’elle juge inadéquats prodigués à son grand-père mourant, elle publie sur son mur Facebook un commentaire critique. Évidemment bouleversée par le deuil qu’elle vit, son témoignage tente néanmoins d’apporter une critique constructive et de susciter une prise de conscience des soignants en charge de son grand-père et, plus largement, en charge des patients et de leur famille au moment de leur plus irrémédiable vulnérabilité.

Sans même tenter de corriger les manquement visés par les commentaires de Carolyn Strom, la direction du personnel de l’établissement dépose plainte auprès de l’Ordre professionnel des infirmières de Saskatchewan (Saskatchewan Registered Nurses Association, SRNA). La plainte est reçue et un long procès s’engage – plus de deux ans – pendant lesquels Carolyn Strom est durement interpellée. Au terme de ce procès, elle risque une condamnation pour faute professionnelle, son ordre professionnel lui réclamant 30 000$: 5000$ en amendes et 25000$ à titre de dédommagements pour couvrir les frais d’enquête (1-3). Selon l’avocat du SRNA, cette pénalité sévère aurait explicitement pour objectif de ramener dans le droit chemin les infirmières critiquant publiquement leur profession.

Cette dernière injonction touche précisément au cœur de l’affaire. Les infirmières sont des professionnelles de la santé et à ce titre sont tenues à des normes de conduite rigoureuses. Elles devraient en particulier toujours agir dans le plus grand intérêt des personnes dont elles ont la charge. Mais ces normes rigoureuses ne comprennent ni l’auto-censure, ni le renoncement au droit d’expression.

En dépit des nombreuses réactions d’indignation suscitées par le traitement réservé à cette infirmière – et qui ont notamment pris la forme d’une pétition exigeant du SRNA qu’il revienne sur sa décision, pétition qui rassemble à ce jour près de 600 signatures (4) – l’ordre refuse toujours ne serait-ce que de discuter du cas de Carolyn Strom avec les infirmières et les étudiant-e-s en sciences infirmières (5-6).

Ces deux dernières années, Carolyn Strom a conduit des milliers de kilomètres en allers et retours pour assister à ses audiences disciplinaires tenues loin de son domicile. Le fardeau physique et financier de cette épreuve a été harassant, et le sera d’autant plus si le SRNA obtient d’imposer l’exorbitante pénalité de 30 000 $ qu’il exige.

Cette décision créerait un précédent au Canada et normaliserait une politique de censure des infirmières. Or celles-ci doivent pouvoir exprimer publiquement leur avis sur leur profession et les conditions de leur pratique !

Marilou Gagnon, RN, PhD, Ottawa, Ont.
Amélie Perron, RN, PhD, Ottawa, Ont.
Damien Contandripoulos, PhD, Montreal, Qc.
Natalie Stake-Doucet, RN, Montreal, Qc.
Amélie Perron, RN, PhD, Ottawa, Ont.
Emilie Hudson, RN, Montreal, Qc.
Caroline Dufour, RN, Ottawa, Ont.
Jaimie Carrier, RN, Dalhousie, NS.
Sophie Pomerleau, RN, PhD(c) Qc.
Anne Lardeux, MSc, Montreal, Qc.

Vous pouvez signifier votre solidarité en faisant un don (ICI), signant la pétition qui exige de l’ordre professionnel du SRNA le retrait de la sanction  disciplinaire.


1- Transcription de la décision disciplinaire

2- Article du National Post

3- Article du Toronto Sun

4- Pétition en ligne

5- Autres articles  du point de vue infirmier qui traitent du sujet : ici et au détour d’une discussion sur le Travail supplémentaire obligatoire.

6- Lettre au SRNA


 

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