Soutenir Carolyn Strom : un enjeu qui dépasse le SRNA. Une entrevue avec Amani Oakley, avocate.

Nous sommes largement intervenus ici à Pocosa autour de l’affaire Strom pour en pointer les enjeux et défendre la principale intéressée. Rappelons brièvement les faits (et leurs frais) : Carolyn Strom est cette infirmière qui, suite à un commentaire posté sur son mur Fb au sujet de soins reçus par son grand-père, s’est vue imposer des sanctions disciplinaires démesurées et indues par son ordre professionnel (Saskatechewan Registered Nurses’ Association, plus connu sous le désormais funeste acronyme SRNA). Ces sanctions ont été rendues publiques par ce même ordre le 7 avril dernier.

Mme Strom s’est vue ainsi condamnée par le SRNA à :

  • verser 26 000$ : 1000$ en amende + 25000$ en dédommagement des frais d’enquête (le SRNA n’a pas regardé à la dépense pour rendre sa justice). Somme exorbitante devant être acquittée avant le 1er avril 2020, sous peine de quoi Carolyn Strom perdrait son droit de pratique;
  • un blâme au dossier.

Comme une insulte ne porte jamais aussi fort que doublée d’une injure, Carolyn Strom devrait également selon cet avis :

  • rédiger deux autocritiques spécifiant en quoi elle intègrerait désormais dans sa pratique les recommandations du Standards and Competencies for the Practice of Registered Nurses, et les normes du Code d’éthique des infirmières du CNA (Amen).

Pour remettre en contexte ces sanctions, publions ici le commentaire de Carolyn Strom qui lui a valu ces foudres assassines :

« My grandfather spent a week in palliative care before he died and after hearing about his and my family’s experience there, it is evident that not everyone is ‘up to speed’ on how to approach end of life care or how to help maintain an ageing senior’s dignity. I challenge the people involved in decision making with that facility to please get all your staff a refresher on this topic and more. Don’t get me wrong, ‘some’ people have provided excellent care so I thank you so very much for your efforts, but to those who made Grandpa’s last years less than desirable, please do better next time.”

(Sans commentaire)

En réaction à l’annonce de ces sanctions, quelques activistes et chercheurs ont mis sur pied une campagne de financement (ici) pour venir en aide à Carolyn Strom et faire en sorte de réunir le montant du racket. Et ce fut un succès : en 13 jours, la campagne a non seulement réuni un peu plus des 26000$ exigés mais les enjeux qu’elle défend ont été discutés d’un bout à l’autre du pays (quelques entrevues ici et ).

[La somme réunie par la campagne de sociofinancement servira à payer le frais d’avocat – ou l’amende du SRNA si Carolyn Strom perd son appel. Merci à tous pour ces dons généreux!]

Carolyn Strom et son avocat Marcus Davis ont décidé de porter cette décision en appel auprès de la Cour du banc de la Reine de la Saskatchewan, sans faire appel auprès du Conseil du SRNA.

L’avocate torontoise Amani Oakley, spécialisée dans la défense des droits des patients, a contribué à cette campagne de financement. Nous l’avons rencontrée pour discuter de ce qui a motivé son geste généreux : au-delà de l’acharnement contre cette femme (incidemment une infirmière…) pour des commentaires à partir desquels le SRNA aurait du initier une discussion plutôt qu’une campagne d’intimidation, Maître Oakley déplore une culture du secret dans le milieu de la santé, où le suivi des plaintes se fait de façon opaque et derrière des portes closes.

Vous pouvez aussi écouter l’intégralité de l’entrevue d’Amani Oakley (en audio seul) :

 

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