Catherine Grenier, infirmière

Dans la foulée de la lettre qui circule À bout mais debout  et qui récolte encore chaque jour de nouvelles signatures (plus de 600 à ce jour du 8 février 2018), nous avons reçu de nombreux témoignages d’infirmières.

Nous avons décidé de publier ces voix fortes, telles quelles – avec l’accord de celles et ceux qui les portent. Ces témoignages doivent circuler, eux qui répondent aux discours officiels et décrivent les réalités du terrain quotidien du soin.

Chers OIIQ*, FIQ**, et, bien sûr, M. Barette***,

Quand j’ai commencé comme infirmière, il y a peu de temps, j’ai eu la chance d’être engagée par l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (L’IUCPQ). Heureusement, ceux-ci sont connus pour fournir une bonne formation et bien traiter leurs employé.e.s.

Mais leur capacité est limitée. Ils ne peuvent pas changer nos conditions de travail, nos ratios, nos horaires changeants, la lourdeur des cas, l’absence de remplacement ou de renfort, le manque de personnel, le TSO (temps supplémentaire obligatoire), etc., s’ils ne sont pas appuyés par le ministère de la santé.

On nous dit que c’est parce qu’à force de parler de conditions de « merde », on a fait peur aux infirmières et celles ci ne veulent pas prendre les temps pleins…… Mais, croyez moi, on n’a pas besoin de l’avis des autres pour vite constater que le système de santé est tout croche. Combien d’infirmières, de plusieurs années d’expérience, j’ai vu qui n’ont jamais voulu de temps pleins? Un 8/14 (2 postes 4/14) leur suffisait puisqu’elles disaient ne pas avoir assez d’énergie pour concilier travail et famille avec un temps plein comme infirmière. « Je virerais folle » qu’elles disaient.

Je comprends maintenant. Je finis toujours plus tard que l’heure payée, on ne prends pas de pauses sauf pour manger rapidement et évidement on est payé comme si on en prenait une de pause… Parce que c’est à nous de mieux nous organiser ! Je commence mes notes durant mon repas, on skip du non-essentiel dans l’immédiat (mais qui peut le devenir à moyen et long terme, par exemple les suivis de plaie, Braden, Morse…) pour entrer dans les temps, bref on donne, on donne et en échange ? Juste me faire remettre mes erreurs dans face quand une simice a travers ce brouhahaha et cette course effrénée contre la montre, et ce, avant mon quart, que je commence avec une boule dans la gorge et les larmes aux yeux. Parce que oui, même si les conditions ne sont pas idéales, même si tu te dépêches pour donner tes soins, il est dans nôtre devoir de faire toutes les vérifications nécessaires.

Il faut dire que, cet hiver, les patients débordent des soins intensifs et se retrouvent sur les étages, rendant la lourdeur des cas particulièrement demandante. Mais me demander de rentrer quand je fais de la fièvre ?!!

Le manque de personnel par rapport aux soins à dispenser, avoir 5 traitements/examens à faire en même temps et personne pour aider en surplus : c’est vraiment pas l’idéal. Ça fait des employés fatigués, stressés, à boute et qui font des erreurs.

Les temps pleins ne se remplissent pas parce qu’un humain ne peut tout simplement pas supporter une charge de travail aussi élevée, dans un environnement à la charge émotive aussi grande, avec autant de répercussions si une erreur arrive. On a un poids énorme sur les épaules. Être infirmière demande 200% de tes capacités. Combien de fois j’ai dit que j’aimerais me dédoubler, tripler, pff quadrupler ma capacité ?… Mais désolée M. Barrette, ce doit être moi le problème… C’est moi qui exagère!

D’ailleurs, je me demande combien d’argent a été versé à des membres de la santé en assurance salaire ou CSST pour cause de troubles anxio-dépressifs, épuisement, dépression, ou d’accidents de travail reliés à la cadence de travail et le manque de personnel ?

Diminuer le ratio de patients ou mettre du renfort serait un bon pas afin de permettre de rendre les temps plein vivable. Arrêter de gaspiller votre argent en TSO, assurance salaire et CSST. Diminuer la charge de travail, afin d’augmenter le nombre de temps plein, afin de diminuer les TSO, afin d’avoir plus d’argent, pour mettre plus de renfort, pour ainsi diminuer la charge de travail et, de ce fait, améliorer la santé MENTALE et PHYSIQUE de vos employés.

Il faut briser le cercle vicieux. Le problème n’en n’est pas un d’argent, mais de gestion de budget.

Nonobstant, à la fin de la journée, l’impression qu’il me reste, c’est celle de mon cœur réchauffé par le bonheur ou le soulagement momentané que j’ai pu apporter à un patient.

Notre seule arme, c’est notre voix.

Catherine Grenier

 

 


* Ordre des infirmières et infirmiers du Québec

** Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec

*** Ministre de la santé et des services sociaux du Québec

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