Nurse-washing et privatisation des soins

Le privé a une tendance, de plus en plus affirmée, d’utiliser à la fois les valeurs et les modèles du système public ou d’organismes à but non lucratif pour répondre aux dysfonctionnements du réseau de la santé au profit… du profit. Et après le « green washing » (ou marketing vert), nous assistons à un « nurse washing » au Québec.

En effet, il est de plus en plus admis que les infirmières pourraient faire plus en première ligne et des entrepreneurs opportunistes ont vu là une opportunité d’affaires.

Pourquoi se sont-ils dit, si les IPSPL* sont capables de prendre en charge un aussi grand nombre de consultations sans avoir recours à un médecin, ne pourrions-nous pas créer une clinique IPS ? Il y a là un marché porteur et de l’argent à gagner avec tous ces Québécoises et Québécois exaspérés par les temps d’attentes et autres dysfonctionnements du système de santé. Par exemple, pour la Clinique Santé Praticienne de St Hyppolyte, une des 3 cliniques privées de ce type au Québec, c’est 60$ par consultation qu’il vous faudra débourser et rien ne sert d’envoyer la facture à la RAMQ, ça n’est pas couvert.

Risque-t-on de voir des cliniques infirmières privées se développer à l’échelle du Québec ? C’est un risque réel. Le mécontentement d’une partie des IPS envers leurs conditions de pratiques et de travail est tel que certaines sauteraient sur l’occasion, ce que l’on peut difficilement condamner. Ajoutons que les infirmières n’ont jamais autant eu la côte en ce moment auprès du public. Finalement, le marketing de ces cliniques privées surfe sur les mots clés que les gens veulent entendre : accessibilité rapide, soins de qualité, horaires élargis, soins humains, réponse aux besoins de la populations…

Oui mais. Oui mais c’est créer une santé à deux vitesses, où seuls les mieux nantis, et par définition les moins malades, auront réellement un accès, tandis que le réseau public, vers lequel seront référés les plus pauvres, se fera saigner de ses ressources humaines les plus compétentes. Or, si le Québec est une des trois provinces avec le plus de médecins par capita (2,37 médecins pour 1 000 habitants), elle est aussi celle qui a le plus faible nombre d’IPS et qui en gradue le moins : en moyenne 22 IPSPL par année.

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Données sources : ICIS ; traitement : Damien Contandriopoulos.

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Souhaitons-nous vraiment que nos IPS, formées grâce au réseau public, aillent ensuite compléter une offre de soins privée sur laquelle nous n’aurons que peu de contrôle et encore moins une redistribution des bénéfices ? Avec 18 IPS diplomées en 2013 au Québec il suffit de 5 ou 6 cliniques pour absorber toute la croissance.

On le voit actuellement, il existe une dénonciation de la privatisation du système de santé. Le projet de loi 10 a été décrié comme un mode déguisé pour créer des opportunités d’affaires en faveur des entreprises privées, les frais accessoires sont une manière détournée de désengager l’État du financement des soins de santé au dépend du portefeuille des patients et chaque année, des articles déplorent l’exode des médecins vers le privé.

Bref, le gouvernement devrait certes se préoccuper de l’exode des médecins vers le privé, mais aussi de tous les professionnels de santé, IPS, infirmières, physiothérapeute, psychologues… Et pour cela, il est nécessaire de développer des milieux, à l’intérieur du système public, qui permettent à tous ces professionnels de pratiquer à la hauteur de leur attentes et capacités.

Mélanie Perroux

* IPSPL : Infirmière Praticienne Spécialisée en Soins de Première Ligne

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Une réflexion au sujet de « Nurse-washing et privatisation des soins »

  1. En cette période de vaccination, il y a un beau marché d’affaire pour les pharmaciens et les infirmières pour donner ce service au privé. Comment améliorer l’accès rapide à des services de vaccination? Personnellement, j’ai attendu plus de 2 heures au centre d’achat l’an passé avec mes enfants. On peut faire mieux pour donner un service de qualité rapide.

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