Entrevue avec le Dr Alexis Turgeon. #SaveCochraneCanada

« Pourquoi ça s’appelle Cochrane ? Ça vient du nom d’un chercheur anglais qui, avant la création de Cochrane, avait suggéré qu’il y avait probablement plus à faire à évaluer tout ce qu’on avait déjà fait en recherche qu’à faire de la nouvelle recherche… On répétait les erreurs du passé, parce qu’on ne savait pas ce qui avait été fait dans le passé. » Alexis Turgeon, Directeur scientifique de la branche francophone de Cochrane Canada.


Écouter l’entrevue  :

 


Suite à l’annonce officielle de la non-reconduction du financement que les IRSC accordaient depuis une dizaine d’années à Cochrane-Canada, une campagne de soutien a été lancée pour tenter de sauver ce Centre, maillon important d’un regroupement autonome et international de synthèse des connaissances dans le domaine de la santé (#SaveCochraneCanada).

Le Docteur Alexis Turgeon, directeur scientifique de la toute jeune branche francophone canadienne de ce réseau, instaurée il y a seulement deux ans au CHU de Québec-Université Laval et dont les activités sont par voie de conséquence sérieusement mises en péril, revient sur les origines et la mission de ce regroupement au caractère unique qui fonctionne en grande partie sur la base du travail bénévole de chercheurs, professionnels de la santé, patients et autres utilisateurs des connaissances générées par le groupe.

Il décrit les activités de Cochrane à la fois en terme de synthèse des connaissances et de formation. Le réseau produit d’une part des revues systématiques sur des sujets précis en lien avec les soins prodigués à la population et opère aussi une vulgarisation de données probantes en santé. Cette plate-forme collaborative initie d’autre part des activités qui assurent la formation de jeunes chercheurs à la méthodologie des revues systématiques et méta-analyses et garantissent ainsi la validation de données probantes qui sont mises à la disposition des cliniciens, des décideurs publics et à celle des patients sous une forme vulgarisée. Ce processus de validation permet en retour de guider les chercheurs dans leurs propres investigations, riches qu’ils sont de cette connaissance des impasses et réussites de leurs prédécesseurs.

Le Dr Turgeon commente ainsi les impacts de cette « décision organisationnelle » sur la communauté scientifique et la société dans son ensemble, décision dont il rappelle qu’elle n’est pas fondée sur un désaveu de l’excellence du Centre Cochrane canadien, les IRSC lui ayant attribué en 2014 un prix pour récompenser l’importance et la qualité de son action en matière de transfert des connaissances.

À l’heure où d’autres pays (Angleterre, États-Unis en tête) s’appuient sur les ressources mises à disposition par la Collaboration Cochrane et investissent de façon conséquente dans leur Centre national, le Canada, pourtant très actif au sein de ce réseau, risque de devoir s’en retirer en laissant partir ses groupes de recherche d’excellence à l’extérieur du pays, faute de financement.

C’est un message désarmant qui est envoyé aux jeunes chercheurs travaillant dans le domaine des synthèse et transfert des connaissances, mais également aux cliniciens et décideurs qui doivent baser leur pratique sur ces données probantes. C’est un signal inquiétant quant aux possibilités de soustraire les pratiques de recherches et les modalités cliniques à l’influence d’intérêts ponctuels de l’industrie liée au secteur de la santé. Le Centre canadien Cochrane rentre donc en mode de survie et si aucun relais financier n’est apporté par l’intermédiaire d’instances ministérielles et universitaires, il risque bien de devoir cesser complètement ses activités.

Ici pour des données chiffrées sur les activités de Cochrane Canada et pour le détail de son financement.

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