Pouvoir et médecine : une discussion au Port de tête

La Chaire Pocosa vous invite à une discussion publique le dimanche 6 mars, à partir de 18h30, à la librairie le Port de tête, 262 Avenue du Mont-Royal Est.

 

Invités

 

Isabelle Leblanc, médecin de famille, professeure adjointe de médecine à l’Université McGill et présidente du collectif Médecins Québécois Pour un Régime Public (MQRP);
Marc Zaffran, médecin de famille en France entre 1981 et 2008, publie aussi sous le pseudonyme de Martin Winckler. Il est notamment l’auteur de La maladie de Sachs, Le Chœur des femmes, En souvenir d’André et tout récemment Abraham et fils. Il est titulaire d’une Maîtrise de Bioéthique (Université de Montréal);
Damien Contandriopoulos, professeur à la Faculté des sciences infirmières et chercheur régulier à l’Institut de recherche en santé publique de l’Université de Montréal (IRSPUM); titulaire de la Chaire Pocosa.

Les systèmes de santé des pays riches sont aujourd’hui pris dans une tension paradoxale entre trop et pas assez :

•    d’un côté, un marché médical toujours croissant, des produits, des technologies des médicaments dont l’offre ne cesse d’augmenter; mais également des besoins qu’on dit exponentiellement pressants, des hôpitaux géants etc.
•    de l’autre côté, des coupes et une éthique du rationnement qui s’impose et vient miner les bases universelles de l’accès aux soins.

La financiarisation de la santé et de son administration impose les recettes de l’économie de marché sous un mode permanent de gestion de crise : il faut faire des choix au risque obligé d’engloutir le budget de l’état.

Au Québec, la situation est doublement serrée (deuxième tour de visse) qui a vu ces dernières années accéder au pouvoir un gouvernement majoritairement composé, aux postes clés, de médecins ; c’est sous ce gouvernement que les réformes de santé les plus drastiques ont été (et sont encore) passées et que les négociations avec les fédérations médicales s’opèrent dans une opacité désarmante. Une culture du pouvoir médical s’est déployée qui concentre des intérêts puissants en toute impunité.

Dans ce contexte – où la réflexion est contrainte dans un cadre qui pose les questions en y répondant – la possibilité critique laissée aux citoyens et aux professionnels de la santé d’évaluer les politiques publiques est extrêmement réduite, voir quasi inexistante.

Quelques voix cependant continuent de se faire entendre et articulent des positions qui échappent au cadre imposé. Le groupe MQRP (Médecins québécois pour le régime public) fait partie de ces voix qui réfutent cette culture du pouvoir médical et défendent des positions qui décentrent le médecin et tentent ainsi de reconfigurer les modes d’organisation du travail du soin.

Pistes de discussion

 

Les médecins et la pertinence des soins

Il existe un consensus fort sur le fait que la sauvegarde des systèmes de soins publics et universels passe par une redéfinition des soins eux-mêmes, et en particulier de ce qui est nécessaire et désirable.

Quel rôle peuvent tenir les médecins, pris dans la tension entre sophistication et augmentation de l’intensité des traitements d’une part et pertinence des soins et approche non invasive (less is more) ?

Est-ce que la « course aux armements » qui caractérise le monde médical peut être contrôlée « de l’intérieur » ou est-elle inhérente à la dynamique du monde médical qui se fonde sur le déploiement d’un certain pouvoir.

Le pouvoir médical

Du monde politique aux postes de directions des établissement en passant par les réseaux sociaux les médecins sont vus comme détenant « le pouvoir ».

Dans quelle mesure la société participe à construire ce mythe, dans quelle mesure il constitue une réalité ?

Le financement des soins

Les institutions médicales (Fédérations et Collège) au Québec restent très en retrait dans le débat sur le financement. Leur position officielle semble être que la pratique médicale préexiste le financement public et qu’elle pourra ainsi lui survivre si besoin est.

Est-ce que la pratique de la médecine (comme production historique et collective de connaissance) implique en elle-même une obligation d’équité dans l’accès aux soins? Les institutions médicales ont-elle une responsabilité « populationnelle » ?

Culture médicale et hiérarchie

La formation médicale repose (ou du moins intègre) un grand respect de la hiérarchie. Elle constitue un drôle de mélange de valorisation de l’autonomie et de respect de l’autorité du « patron ». Est-ce que cette formation influence la manière dont les médecins s’impliquent ensuite dans la politique et les décisions?

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